Carte blanche

Invitation à Bertrand Mandico

[Fellini Satyricon]

SATYRICON

UN FILM DE FEDERICO FELLINI

Dans la Rome antique, deux beaux éphèbes, le blond Encolpe et le brun Ascylte, se disputent Giton, jeune garçon androgyne que le second a vendu à un vieil acteur libidineux… Ce n’est que le premier épisode de la très libre adaptation du roman picaresque et très (homo)sexué de Pétrone par Fellini. Par la suite, on va traverser un festin, une orgie, un mariage gay sur un bateau, un duel avec le Minotaure, une rencontre avec une magicienne…

Dans son stimulant essai Screening the Sexes. Homosexuality in the Movies, le grand critique américain Parker Tyler écrivait en 1972 que Satyricon était « le film le plus profondément homosexuel de tous les temps ». Si le jugement est un peu forcé et si on en a vu bien d’autres depuis, il est incontestable que le film baroque et plastiquement somptueux de Fellini demeure, plus d’un demi-siècle après sa réalisation, une des œuvres les plus pansexuelles qui soient, dans laquelle tous les désirs se chevauchent et toutes les identités se mêlent. Fasciné depuis l’enfance par l’ouvrage de Pétrone, Fellini s’en empare et le gorge de fantasmes homosexuels jusque-là absents de son travail : il n’est qu’à voir la sensualité exacerbée avec laquelle il filme ses deux comédiens principaux pour s’en convaincre. En même temps que la quête assez désespérée de la jouissance, c’est la décadence italienne qu’il filme ici sous un prétexte “historique”, de la même manière qu’il la filmait sur un mode contemporain dans La Dolce Vita ou qu’il le fera par la suite dans Roma. Parfois déroutant dans sa construction en éclats, Satyricon fascine par sa beauté incandescente et sa liberté inouïe.

Didier Roth-Bettoni

Dimanche 6 mars • 15h15

Cinéma Opéra

Italie / 1969 / 124’ / VOSTF

Avec : Martin Potter, Hiram Keller, Max Born, Mario Romagnoli, Alain Cuny, Capucine

Distribution : Solaris Distribution

Séance présentée par Bertrand Mandico

Bande-annonce