Rétrospective

Catherine Corsini

Jeunesse sans dieu

UN FILM DE CATHERINE CORSINI

En 1938, au confluent du Rhin et du Danube, Pabst, professeur de géographie dans un lycée, réprouve l’idéologie nazie qui gangrène la société en général et ses élèves en particulier, mais n’a pas le courage de l’affronter. Alors qu’il signifie sa réprobation à un élève ayant tenu des propos racistes, il se voit attaqué de toutes parts et est menacé de licenciement s’il ne se conforme pas à l’intolérance prônée par les nazis…

Adapté du roman Jugend ohne Gott, publié en 1938 par Ödön von Horváth, dramaturge de langue allemande né en 1901 dans l’Empire austro-hongrois, ce troisième film de Catherine Corsini, présenté à Cannes en 1996 dans la section “Cinéma en France”, est entièrement construit autour de l’angoisse du personnage de Pabst et du masochisme avec lequel il affronte la solution. En un temps où sa fonction pouvait encore l’amener à être un véritable dieu pour la jeunesse, le professeur, dans son quotidien le plus banal, en fait assez pour être marginalisé, mais trop peu pour être efficace. En a-t-il d’ailleurs les moyens, alors que contre lui se dresse toute la collectivité ? C’est l’idée de l’homme en tant qu’individu face à la masse qui est ici développée, autour de “cette terrifiante lâcheté qui a tout rendu possible”, comme l’évoque le titre de l’article du Monde paru en mai 1996. Ce qui reste ici remarquable, c’est que, passé un cartel, dans les premières secondes, qui situe l’action en 1938, on en oublie petit à petit l’époque, pour ne plus situer l’histoire de façon précise. Elle pourrait se dérouler n’importe où et pourrait être de tous les temps.

Bruno Thévenon

Vendredi 4 mars • 18h45

Comœdia
Fiction / France – Belgique / 1996 / 81’

Avec : Marc Barbé, Nathalie Richard, Roland Amstutz, Pascal Cervo, Samuel Dupuy,  Catherine Hiegel

En présence de Catherine Corsini