INVITATION À

BERTRAND MANDICO

12e édition 

Festival international de cinéma queer de Lyon et de la Métropole

 

Cinéaste n’a qu’un sein

Dans Ultra Pulple, un des multiples avatars féminins du cinéaste dit en substance qu’elle naît Max Ophuls mais se réveille Joe d’Amato. Ce grand écart entre le génie officiel et le réalisateur scandaleux, entre le grand art céleste et les bas-fonds boueux dit bien la façon dont Bertrand Mandico envisage le cinéma : comme un art dédoublé, cherchant le sublime aussi bien dans le vil que dans l’angélique. L’œuvre de Mandico, déjà conséquente, dont Écrans Mixtes propose une rétrospective partielle (près de la moitié des 25 films réalisés entre 1998 et aujourd’hui) peut être vue comme un gigantesque work in progress, un unique film aux multiples ramifications – une « chose » pour reprendre le nom affectueux donné au monstre amoureux de Notre Dame des hormones – dont certains personnages, motifs, phrases passent d’un corps à l’autre, d’une scène à l’autre, d’un film à l’autre.

Les films de Bertrand Mandico sont de grands récits littéraires (au point qu’une narratrice omnisciente y accompagne souvent les personnages), des romans d’aventure qui décrivent l’exploration d’un territoire physique (un paysage, son propre corps) autant qu’une géographie intérieure, psychique, véritable lanterna magica enregistrant le monde de la rêverie. Et dans ce territoire, cette géographie, ne vivent presque exclusivement que des femmes. Les hommes y meurent, quittent leur enveloppe masculine pour passer du côté du féminin (Les Garçons sauvages) quand ils ne sont pas réduits à la seule condition d’androïde (After Blue). Le cinéaste n’est pas seulement un homme qui filme des femmes, comme il en existe en nombre dans l’Histoire du cinéma, mais un homme qui y fantasme son devenir femme, une utopie étrange aussi angélique que démoniaque mais où la question de la morale ne se pose jamais (soit le propre des fantasmes).

Dans cet univers, la géniale Elina Löwenshon, compagne et muse du cinéaste qui est de tous les films y est logiquement son double idéal, pas seulement actrice mais aussi metteuse en scène, montreuse de seins, pour paraphraser l’un de ses courts métrages, dans laquelle le cinéaste se mire – c’est ainsi qu’il faut voir les figures simiesques de la photographe et son modèle dans certaines séquences hilarantes de Dead Flash. Et comme ce personnage à la fin des Garçons sauvages dont seul un sein a poussé et se dit que s’il ne devient pas femme il deviendra capitaine, c’est à dire un navire sans attaches (si ce n’est une île remplie de fantasmes perdue au milieu de l’océan), Mandico n’a qu’un sein, capitaine d’un bateau qui n’en finit pas d’explorer l’utopie hybride d’un univers qui s’agrandit sans cesse.

Jean-Sébastien Chauvin

COURTS MÉTRAGES #1 : BORO IN THE BOX – CINQ FILMS DE BERTRAND MANDICO

Samedi 5 mars • 19h

Comœdia

En présence de Bertrand Mandico

COURTS MÉTRAGES #2 ULTRA PULPLE : TROIS FILMS DE BERTRAND MANDICO

Samedi 5 mars • 21h15

Comœdia

En présence de Bertrand Mandico

LES GARÇONS SAUVAGES

Vendredi 4 mars • 20h

Lumière Terreaux

En présence de Bertrand Mandico

AFTER BLUE (PARADIS SALE)

Dimanche 6 mars • 18h

Cinéma Opéra

En présence de Bertrand Mandico

CARTE BLANCHE : LES PRÉDATEURS

Vendredi 4 mars • 22h30

Lumoière Terreaux

Séance présentée par Bertrand Mandico

CARTE BLANCHE : SATYRICON

Dimanche 6 mars • 15h15

Cinéma Opéra

Séance présentée par Bertrand Mandico

12e Édition DU FESTIVAL ÉCRANS MIXTES 2022