Focus

Maghribia Matrimonia

À peine j’ouvre les yeux

UN FILM DE LEYLA BOUZID

Leyla Bouzid situe l’action de son premier film, À peine j’ouvre les yeux, l’été 2010 à Tunis, quelques mois avant la Révolution. Comme dans un roman initiatique, Le personnage principal, Farah, passe son bac et chante au sein d’un groupe de rock engagé. Transgressant la Tunisie et ses interdits, elle fait l’apprentissage de l’amour et de la ville nocturne, contre la volonté de Hayet, sa mère, ancienne militante qui s’est déjà frottée à la violence impitoyable de la dictature.

Dès l’ouverture du film, cette œuvre augure un vent de dynamisme dans le champ du cinéma tunisien, ajouté à cela le choix inédit des protagonistes : Leyla Bouzid fait ici le portrait d’une jeunesse tunisoise émancipée qui veut exister par l’art et la chanson. Toute l’habileté du film réside dans la construction du personnage principal et de la belle filiation/opposition qui se tisse avec la mère.

Farah – à noter ici la symbolique du prénom signifiant “joie” en arabe – nous apparaît comme une jeune fille fraîche, candide emplie des rêves, des espoirs et de l’audace qu’autorisent sa jeunesse. Cette édification en amont s’érige en tremplin pour mieux préparer la chute du personnage. En mettant en lumière la douce couche protectrice que lui octroie son milieu social, la cinéaste révèle avec virtuosité la violence implacable du système policier érigé par l’ancien dictateur Ben Ali.

Emna Mrabet

Dimanche 6 mars • 16h

Lumière Bellecour

Fiction / France – Tunisie / 2015 / 106’ / VOSTF

Avec : Baya Medhaffar, Ghalia Benali, Montassar Ayari, Lassaad Jamoussi, Aymen Omrani, Youssef Soltanali Distribution : Shellac

Séance présentée par Emna Mrabet, Docteure en cinéma, spécialiste des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient

Bande-annonce