Interview Franck Finance-Madureira

Journaliste (FrenchMania, Komitid) et créateur de la Queer Palm du Festival de Cannes, Franck Finance-Madureira participe à la programmation du festival Écrans Mixtes depuis 2 ans. Il nous parle du cinéma queer brésilien actuel qu'il nomme Novo Queer Cinema


Comment définiriez-vous le Novo Queer Cinema ?

 

C'est une référence directe au New Queer Cinema, période de l'histoire du cinéma LGBT+ anglo-saxon théorisée par la critique et universitaire B. Ruby Rich dans le magazine Sight and Sound en 1992.

Le New Queer Cinema, c'était une vague de films queer du début des années 90 qui renouvelaient complètement la façon d'aborder l'homosexualité au cinéma.

Des films forts, violents, politiques, radicaux et débordant d'une espèce d'énergie sexuelle désespérée.

Ces films sont nés dans une période politiquement très conservatrice : Bush père succédait à Reagan de 1989 à 1993 aux États-Unis et Thatcher a été Premier ministre au Royaume-Uni jusqu'à novembre 1990.

Ces pouvoirs avaient en commun un mépris profond pour les LGBT+ et les classes populaires, et négligeaient de façon révoltante les ravages causés par l'épidémie du Sida.

 

Le terme de Novo Queer Cinema, je l'ai un peu improvisé quand j'ai parlé à Ivan Mitifiot, le directeur artistique d'Écrans Mixtes, de mon envie de faire un focus sur la vitalité et le renouveau du cinéma LGBT+ brésilien dans une période trouble.

C'était en avril dernier au festival Lovers de Turin et déjà mes ami·es brésilien·nes s'inquiétaient de la montée du populisme et de l'extrême-droite dans leur pays.

 

Les films brésiliens que je découvrais en festival depuis un moment me ramenaient à la vitalité, la désespérance et à la radicalité de ceux de Derek Jarman (Edward II), de Gregg Araki (The Living End) , de Todd Haynes (Poison) ou de Tom Kalin (Swoon) qui ont marqué le New Queer Cinema il y a près de 30 ans.

Mais le vrai déclencheur, c'est Hard Paint (Tinta Bruta en V.O.), le film du couple de réalisateurs Marcio Reolon et Filipe Matzembacher. Je suivais leur travail depuis le premier film et ce film a été un vrai coup de tonnerre sur ce qu'il disait de la situation des LGBT+ au Brésil, de la précarité, de l'homophobie mais également par son travail formel qui l'inscrit dans une radicalité politique qui fait écho au New Queer Cinema.

Le film a été récompensé par le jury du Teddy Award au Festival de Berlin dont je faisais partie en février 2018 et a depuis récolté des récompenses dans le monde entier. Il est l’œuvre-phare de la programmation consacrée au festival Écrans Mixtes et la pierre angulaire d'un Novo Queer Cinéma qui reste encore à définir.

 

En quoi ce cinéma est important dans le contexte politique brésilien d'aujourd'hui ?

 

Le contexte politique brésilien est celui d'un retour en arrière radical.

Si le pays a toujours été violent, notamment vis-à-vis de ses minorités sexuelles et ethniques, il a depuis de nombreuses années fait office de société de brassage et de tolérance.

Comme je le dis chaque année à Cannes lorsque je réponds à des interviews sur la nécessité d'un prix comme la Queer Palm, le cinéma (et les séries télévisées depuis quelques années) est l'art le plus direct pour créer chez les spectateur.trices un sentiment d'empathie.

Parler des vies, des histoires et des destins de personnages LGBT+ sous quelque forme que ce soit (comédie, drame, polar, ...), c'est permettre aux personnes concernées d'être représentées, d'avoir le sentiment de faire partie intégrante du monde dans lequel ils et elles vivent et pour les spectateur·trices moins concerné·es une façon d'envisager l'empathie, de se mettre à la place des personnages, et de comprendre de l'intérieur les violences exercées à l'encontre des personnes queers par le système hétéronormé et cisnormé, et, évidemment par le pouvoir politique.

 

Pensez-vous qu'un tel cinéma peut encore exister au Brésil dans le contexte politique actuel ?

 

La résistance des milieux artistiques et des milieux LGBT+ s'organisent mais cela s'annonce compliquée. D'autant que le pouvoir en place depuis seulement quelques semaines et en train de passer des mots aux actes.

D'un point de vue du cinéma, on a appris récemment que le film Boy Erased, un film américain qui dénonce les thérapies de conversion, ces "stages" plus ou moins liés à des cultes qui s'arrogent le droit de forcer des jeunes garçons et des jeunes filles homos à se conformer à une norme hétéro et cis, a été interdit au Brésil.

Cela laisse présager du pire pour la création brésilienne, elle-même.

 

Rédacteur en chef / FrenchMania / frenchmania.fr
Journaliste cinéma / Komitid.fr
Journaliste, membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma
Président-Fondateur de la Queer Palm & Directeur de casting

 

Propos recueillis par Fanny Portalier et Emeline Sellier, étudiantes en Master Genre, Litétratures et Cultures de l'Université Lyon II

Le Journal du festival

Événements

Master Class James Ivory

Animée par Gérard Lefort / Jeudi 7 mars - 18h / Université Lumière Lyon II - Entrée libre

Cocktail - Signature des invité·es

Samedi 9 mars - 18h / Boutique agnès b. - Entrée libre

Soirée officielle

Samedi 9 mars 23h-4h / Le Sonic

Concert de Greta Gratos

Dimanche 10 mars - 20h / Lavoir Public

Soirée Voguing au Rita Plage

Lundi 11 mars - 19h / Rita Plage Entrée libre - Buffet à prix libre

Projection Gender Derby

Mercredi 13 mars 18h / MDE Lyon II (Bron) - Entrée libre